Le Kunsthofpassage représente bien, à mon avis, l’Äußere Neustadt, présentée dans un billet précédent. Nous sommes allés y prendre un verre et y manger des tapas au Perro Borracho pendant le match Espagne-Portugal, mardi soir, le 29.
L'enseigne qui indique l'entrée du passage.
L'une des façades des bâtiments du Kunsthofpassage.
Et une autre avec plus bas, un petit café.
Une boutique qui ne cache pas ses allégeances.
Le mur en face de la terrasse du Perro Borracho.
Mandy, la Tandem-Partnerin de Claudia, nous a rejointes et sa venue a donné lieu à des discussions très intéressantes au sujet de Dresden et de l’Allemagne de l’Est. Elle qui a vécu sous le régime socialiste m’expliquait qu’après avoir vécu un tel changement, on ne pouvait quasiment pas croire en un système stable ou, à tout le moins, on pouvait imaginer que notre monde serait à nouveau bouleversé, retourné de fond en comble.
Au sujet de la reconstruction de la ville, elle m’a fait part de son opinion comme quoi il vaudrait peut-être mieux que Dresden ne se tourne pas seulement vers son passé. Les efforts de reconstruction et de restauration sont louables, mais pourquoi ne pas mêler ancien et moderne comme l’a fait Berlin ? Elle a d’ailleurs ajouté que comme les travaux sur l’Alstadt n’ont été réalisés que dans les deux dernières décennies, à la suite de la chute du Mur, certains des citoyens de Dresden ne s’identifient pas à l’Alstadt. Ils ont plutôt été habitués à la voir en ruines – la Frauenkirche, notamment – et ont continué à fréquenter leur propre quartier plutôt que de migrer vers la rive sud de l’Elbe.
À propos de l’Ostalgie, elle m’a dit ne pas regretter l’époque de la DDR, pas plus que ses parents, qui ont milité pour mettre fin au régime. Elle m’a fait part d’un phénomène intéressant : les gens de l’Allemagne de l’Est n’ont pas la même approche que ceux de l’Ouest envers une langue. Elle m’a raconté que plus jeune, elle devait apprendre le russe avant l’anglais et que l’apprentissage de langues « de l’Ouest » demeurait toujours très théorique. Personne n’aurait imaginé pouvoir un jour exercer cette langue en Grande-Bretagne ou pire, aux États-Unis ! Encore aujourd’hui, après la chute du Mur, elle m’a dit avoir lu que l’enseignement demeurait axé sur la théorie plutôt que la pratique, notamment parce que les professeurs du temps de la DDR ont continué à enseigner.
Un autre Allemand du nom de Georg s’est invité à notre table pour discuter. Il avait aussi vécu pendant la DDR et nous a raconté que le Mur est tombé cinq ans trop tard pour lui. Il était déjà marié et père de famille, il avait un appartement et un métier. Cinq ans plus tôt, on lui avait refusé les études qu’il souhaitait réaliser parce qu’il ne voulait pas s’engager dans l’armée et il s’était tourné vers un autre domaine.
Il ne regrette pourtant pas l’époque communiste pour autant. De son côté, l’Ostalgie se résume à la musique qu’il écoutait ou aux films qu’il regardait dans sa jeunesse. Elle n’a rien de politique. C’est la même réponse que j’ai obtenue de mon professeur, qui donnait l’exemple du Vita Cola. Lorsqu’il en boit, il songe à son enfance et pas vraiment à la DDR elle-même.
De l’avis de Georg, c’est la génération entre 45-55 ans au moment de la chute du Mur qui regrettent le plus la DDR. Avec l’avènement du capitalisme et ses nouvelles exigences, ils ont perdu leur emploi et se sont retrouvés désœuvrés alors qu’ils étaient encore tout à fait en âge de travailler. Les personnes plus jeunes ou plus âgées, quant à elles, ont moins été affectées, à son avis.
Il s’insurgeait contre le manque d’uniformité de l’Allemagne et du fait que chaque Land établisse son propre système d’éducation, par exemple. C’était la seule chose qui lui manquait du système politique de la DDR : le manque de cohésion. Il a aussi dit se sentir Européen, au-delà de se sentir allemand.
La seule personne qui a déclaré regretter le temps de la DDR est l’enseignante de Claudia. Elle trouvait qu’on y avait une meilleure sécurité d’emploi et qu’on ne devait pas peiner pour payer les études universitaires de ses enfants.
Dans tous les cas, ce fut une soirée très animée et pour ceux qui n’ont pas appris l’issue du match, c’est l’Espagne qui a gagné !

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