J’aime Dresden ! Bon… C’est dit. Sans blague, je traversais l’Elbe en tram hier, j’ai regardé par la fenêtre et ça m’est soudainement apparu. Ça peut paraître étrange, mais à ceux qui sont sensibles à ce genre de choses, vous conviendrez peut-être avec moi qu’il ne suffit pas d’aller très loin de chez soi pour savoir si on aime ou on n’aime pas.
Boucherville, par exemple, je l’aime comme on aime bien une amie d’enfance un peu embarrassante, avec qui on partage des bons souvenirs mais qu’on préfère ne pas trop mentionner, parce qu’elle n’est pas très intéressante. Au contraire, Montréal, c’était cette personne très cool, vaguement louche mais tellement électrisante que je voulais à tout prix connaître. Une fois ce fut fait, elle n’a rien perdu de son charme et je lui porte une affection plus profonde que jamais. J’aurais cru que Dresden serait une amourette d’été, mais hier, passé la nouveauté de la première semaine, alors que la routine de prendre la Linie 8 – Hellerau jusqu’à l’Institut s’installait lentement, j’ai réalisé que non, Dresden était plus qu’un summer crush, exotique mais qu’on oublie aussi vite qu’on sirote un rhum’n’coke sur la plage. Vous croirez peut-être que je suis folle de donner une personnalité ainsi aux villes, mais je ne vois pas comment le décrire d’une autre façon.
J’avais peur de ne pas aimer Dresden et, par ricochet, ne pas aimer l’Allemagne, comme j’étais angoissée à l’idée d’être incapable de demeurer loin de chez moi pendant un mois. L’un des buts avoués de ce voyage était de me tester et de me préparer psychologiquement, dans l’éventualité où mes études supérieures m’enverraient ailleurs. Tout ce que je peux dire jusqu’ici, c’est que le test est concluant !
Pour ceux qui s’interrogent en ce qui concerne mes cours d’allemand, j’ai l’impression (je dis bien l’impression) de progresser. J’ai été classée dans le niveau A2.2., mais je me sais peut-être à mi-chemin entre la fin du niveau élémentaire (A2.2.) et le début du niveau intermédiaire (B1.1.), puisqu’avec la réforme du système de niveaux à Montréal, je me situais environ aux 2/3 du niveau A2.
Comme le GI de Dresden emploie un cahier différent, Tangram Aktuell, la méthode d’enseignement est également différente. J’aurais sûrement cru stagner s’il m’avait fallu reprendre des chapitres de Berliner Platz, mais en ce moment, je n’apprends que de nouvelles notions. Bien sûr, vivre dans un environnement quasi-complètement allemand et avoir au moins 20 heures de cours par semaine rend le tout encore plus facile. Je n’ai plus le sentiment très frustrant de devoir péniblement récupérer mon allemand, une fois par semaine, mais plutôt celui qu’il est toujours à portée de mains et que je peux assimiler la matière, ne serait-ce qu’en me promenant dans la rue, où je croise ce que j’ai appris dans la matinée.
Je n’arrive pas encore à lire Goethe, mais j’ai acheté un livre sur l’histoire allemande pour enfants-jeunes adolescents et je suis capable de le lire à 75%, ce qui m’encourage terriblement. N’empêche, je ne me fais pas trop d’idées. L’apprentissage de l’allemand est l’ouvrage d’une vie !
Du côté des anecdotes, à présent, une petite note à propos de la beauté de vivre avec des gens des quatre coins du monde. On peut débattre assurance-maladie avec une Américaine ou foot avec un Espagnol, un Brésilien et un Portugais. En abordant le sujet très délicat de la Seconde Guerre mondiale, on peut comparer l’expérience allemande avec l’italienne et la grand-mère de Claudia qui se rappelle qu’à l’époque de Mussolini, les trains arrivaient toujours à l’heure et on pouvait laisser sa porte déverrouillée... Il y aussi ce Russe qui travaille à Moscou, dans le domaine des relations internationales, et qui est très fier de son président, comme cet autre Russe, qui vit dans le « Bronx » de Saint-Pétersbourg. Après avoir discuté avec un Chinois de l’histoire de son pays, celui-ci vient me voir le lendemain pour me donner une feuille sur laquelle il a traduit le nom de chacune des dynasties et capitales de la longue histoire chinoise. Je pense aussi aux deux Irlandaises et leur merveilleux accent – les deux travaillent sur leur doctorat, l’une en histoire de la Grèce antique et l’autre en phénoménologie – et au couple d’Arabie Saoudite, qui nous fait découvrir sa culture petit par petit. Bref, au Goethe Institut, on pourrait sans doute former nos propres Nations Unies…
Anecdote en ce qui a trait la mémoire historique et son héritage encore très lourd sur les épaules des Allemands : chaque jour, des employées de l’Institut viennent en classe pour nous présenter les activités culturelles du jour (visite d’un quartier, visite d’un musée, soirée-cinéma, Stammtisch, etc.). J’ai levé la main pour demander si la visite de la Neustadt serait guidée. Petit coup d’œil rapide à mon dictionnaire : on traduit « guide » par « Führer. » Le terme n’a pas encore perdu son bagage fatidique et la demoiselle me répond en utilisant le mot international « Guide », prononcé à l’anglaise (comme les Allemands le font pour « das Team »). Je demande plus tard à mon prof si j’ai causé un incident diplomatique et il me répond qu’on essaie d’édulcorer « Führer » en disant, par exemple, « Touristführer » ou « Fremdführer », mais qu’on préfère toujours « Guide. »
Cet épisode si particulier de l’histoire allemande demeure ainsi à demi-en surface, pas encore tout à fait enfoui dans les mémoires. La Stauffenbergsallee, nommée en l’honneur de celui qui tenta d’assassiner Hitler, en est un témoignage. L’évènement est d’ailleurs mentionné dans mon livre d’histoire et un de mes profs de McGill y a consacré sa carrière.
La Tandem-Partnerin de Claudia (un programme offert par l'Institut, on donne son nom, on est jumelé avec un Allemand qui souhaite apprendre notre langue) lui a raconté que sa génération (elle a 33 ans) n’arrive toujours pas à comprendre ce qui s’est produit et qu’elle craint les mouvements néo-nazis émergents. Selon elle, les générations plus âgées qui ont vécu la guerre préfèrent la taire.
Dans tous les cas, je me demande si un pays peut un jour se remettre d’un tel traumatisme et, en fait, pire, d’une telle culpabilité historique. Je prêche sans doute pour ma paroisse quand j’affirme qu’on doit apprendre de l’Histoire, mais jusqu’à quel point doit-on supporter le poids du passé ? Peut-être que comme Jose et Rocio, les deux Espagnols à qui j’ai parlé de Franco, vaut-il mieux tourner la page ?
Au sujet des transports en commun, je n’ai pas récolté d’amende, quelqu’un d’autre l’a fait à ma place de manière à ce que je puisse vous rapporter ce qu’il en coûte d’enfreindre la loi allemande. L’amende s’élève à 40€ (alors que, je le rappelle, la carte mensuelle revient à 47€). Mon amie a payé son dû sur place au contrôleur. Aux futurs voyageurs de Dresden, pensez-y deux fois avant de vous balader en tram sans carte ou billet !
Dans un tout autre ordre d’idées, la scène alternative semble très vivante à Dresden (bon, vous en avez peut-être rien à foutre, mais moi, ça m’importe !). Je croise facilement une dizaine de personnes par jour qui ne sont pas habillées de façon conventionnelle. Il y a des posters de spectacles d’un peu de tout, allant des pubs avec des filles en bikini à des festivals de ska ou de cyberpunk. La nightlife en général semble assez active et avec ses universités et ses écoles, Dresden compte une population très jeune. À vrai dire, chaque fois que je me balade à travers la ville, j’ai l’impression de ne voir que des étudiants ou des vieux. Ici, il serait presque plus avantageux d’offrir un prix réduit pour adultes et faire payer le plein prix aux étudiants et à l’âge d’or !
Pour finir sur le thème de la scène alternative, une nouvelle copine – une Américaine du Nouveau-Mexique – nous a conduites jusqu’à un des nombreux magasins goth de Dresden, où m’attendait l’aubaine de toute mon existence (Ari, tu serais morte). On trouvait une douzaine de boîtes remplies de souliers, de bottes, de sandales, de ballerines toutes neuves à… 10€ ! Comment ne pas succomber à la tentation ?
Sachez aussi que j’ai acheté une douzaine de cartes postales et que je m’attèlerai à la tâche de les rédiger sous peu. En fille cheap que je suis, je tiens à souligner que je n’ai pas acheté les hideuses à 0,30€ et qu’une saleté de timbre coûtait 1€, alors la prochaine fois que je vais chez vous, j’espère que la carte sera sur votre frigo et non dans la poubelle !!!
Bon. Picsou se calme et s’en va à Albertplatz, le lieu de rencontre ultime. Bonne journée à vous !

"On trouvait une douzaine de boîtes remplies de souliers, de bottes, de sandales, de ballerines toutes neuves à… 10€ ! Comment ne pas succomber à la tentation?"
RépondreSupprimerEn te rappelant que ça va te coûter 3 bras et demi pour ramener tout ça dans l'avion!
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
RépondreSupprimer